Alain Guarino

Loi sur la réforme des retraites : l’analyse du président de Prouvènço Nacioun

Il était 3h28 lorsque la promulgation de la loi sur la réforme des retraites est parue au Journal officiel.
Cette loi, qui repousse notamment l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans au lieu de 62 ans, a provoqué des remous au Parlement et l’ire d’une grande partie des Français dont plusieurs centaines de milliers battaient encore le pavé hier.
L’usage par Elisabeth borne de l’article 49, alinéa 3, de la Constitution française a été perçu par les opposants à la réforme comme un déni de démocratie.

Notre rôle politique doit nous inciter à prendre un peu de hauteur plutôt que de souffler sur les braises d’une colère qui exprime un mal être de notre société.

D’abord, il convient de rappeler qu’Emmanuel Macron a été réélu en 2022 sur son programme qui prévoyait de décaler l’âge légal de départ à la retraite de quatre mois par an, pour atteindre 65 ans à l’horizon 2031.
La mise en œuvre de sa promesse électorale, bien que retouchée, est par conséquent le strict respect d’un projet validé par la majorité des suffrages exprimés lors de l’élection présidentielle.

Ensuite et enfin, le rejet de la loi sur la réforme des retraites pose la question du consentement des Français à travailler davantage comme de celui de payer des impôts.
Les responsables politiques dans leur ensemble commettent l’erreur de prendre la contestation populaire par le petit bout de la lorgnette alors que le débat est tout autant sinon plus d’ordre philosophique que politique.

Sans être secondaire ou anecdotique, le litige sur le report de l’âge légal de départ à la retraite et son corolaire du nombre d’annuités à réaliser cache en filigrane le sentiment grandissant de nos compatriotes de n’être que des agents économiques en survie.

D’après l’INSEE, le salaire net médian d’un Français est de 1 850 euros.
Une fois les 54,73 % de charges et impôt retenus sur son salaire complet, il ne lui reste que 24 970 € en pouvoir d’achat réel (11e rang de l’Union européenne), soit moins de la moitié de ce qu’il gagne*. La France est en effet championne du monde de la pression fiscale.
Parallèlement, nous vivons dans le troisième pays d’Europe où les prix immobiliers sont les plus chers**.

Difficile, dans ces conditions, de consentir à endurer un rallongement de sa carrière professionnelle.
Et bien que la pension moyenne de droit direct des retraités résidents en France s’élève à seulement 1 400 euros nets des prélèvements sociaux***, la retraite est bien souvent la soupape de décompression après une vie de labeur consacrée à assumer la charge financière de ses besoins primaires.

C’est cette dimension philosophique que les responsables politiques ne savent pas ou ne veulent pas voir à travers la saine et spontanée colère exprimée dans la rue.
Elle me paraît pourtant fondamentale.

Alain Guarino
Président de Prouvènço Nacioun

*Source Institut Molinari d’après les données d’Ernest & Young
**Source Meilleurs Agents
***Source DRESS

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